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Le recouvrement est un métier qui a ses règles et sa
déontologie »
Dans
le cadre de notre rubrique Success Story à travers laquelle
nous œuvrons à diffuser la culture de l’excellence
par la mise en œuvre d’une stratégie de promotion
des compétences nationales et que nous avons inaugurée
par une interview avec M Mohamed Mehdi Khemiri PDG de TOPNET, suivie
d’une autre avec M Hassen Zargouni, Président Directeur
Général de Sigma Conseil, nous vous proposons un entretien
avec M Souheil Nabli, PDG de Tunisie Recouvrement qui en quatre ans
d’exercice à réussi à s’imposer avec
son entreprise, comme pionnier et leader dans ce domaine. Monsieur
Souheil Nabli nous a livré les clés de la réussite
dans le domaine de l’entreprenariat tout en nous confiant avec
beaucoup d’humilité la passion qui l’anime en tant
que jeune dirigeant, jaloux de son métier, préoccupé
par son présent, mais combien même confiant en l’avenir.
Dans cette interview M souheil Nabli, nous a dévoilé
son parcours particulièrement singulier, son engagement à
œuvrer pour la généralisation de la culture de
l’externalisation des services du recouvrement... Pour lui,
ce dernier constitue un métier qui a ses règles et sa
déontologie...
1-Pouvez-vous
nous présenter Tunisie recouvrement dont vous êtes le Directeur
Général?
Tunisie
recouvrement a été créée le 1er octobre
2003 dans le cadre de la loi de 1998 relative aux sociétés
de recouvrement des créances. Cette loi réglemente ce
type d’activité, donne la possibilité de création
des sociétés de recouvrement avec pour objet exclusif
le recouvrement pour le compte de tiers et l’achat de créances.
Au début l’achat était conditionné par un
agrément à avoir de la banque centrale. Dans le cadre
de la simplification des procédures fiscales et administrative,
cette restriction a été remplacée par la signature
d’un cahier des charges avec comme autorité de tutelle,
le ministère des finances. Nous étions les premiers à
créer une société de recouvrement. D’autres
nous ont suivis par la suite.
Tunisie recouvrement est la première société totalement
indépendante des banques et ouverte à toutes les créances
du grand marché. Avant la promulgation de cette loi, le marché
ne comptait que des agences de recouvrement qui assistaient les sociétés
à recouvrer leurs créances en dehors de tout cadre de
réglementation, sans aucune garantie, sans sécurité
financière et sans professionnalisme. La loi de 1998 a organisé
ce secteur et combler les insuffisances enregistrées dans ce
domaine d’activité. En imposant la condition d’avoir
un capital supérieur ou égal à trois cent mille
dinars et en donnant toutes la garantie relative à la crédibilité
du promoteur, cette réglementation a permis à ce secteur
de prendre de l’envol. Le fait de placer cette activité
sous la tutelle du ministère des finances après avoir
été sous celle de la banque nationale n’a fait que
renforcer le sentiment de sécurité chez les clients. A
la fin de l’année 2002, je me suis associé à
Walid Maouia, Khayam Turki et Maher Sahli pour la préparation
de l’étude de faisabilité du projet et la création
d’une première société sous le nom de WMK.
Cette société a pris en charge la création de Tunisie
Recouvrement. Nous nous sommes adressés au départ aux
groupes Bayahi et Kilani ainsi qu’a Mahmoud Chérif qui
opère dans le domaine du shipping pour constituer la société
et démarrer l’activité. En 2003 nous n’étions
que deux personnes domiciliées dans un petit bureau à
Tunis. Aujourd’hui, nous sommes une entreprise composée
de 70 personnes.
2-Comment
vous avez débuté votre activité ?
Nous
avons commencé à travailler avec les PME en croyant que
c’était eux qui avaient principalement besoin de nous.
Ils n’ont pas une maîtrise du métier, ils ne veulent
pas financer l’activité de recouvrement qui constitue à
leurs yeux un déchet constaté dans la marge lors de la
fixation du prix de vente. C’est de l’impayé auquel
il ne faut pas engager de l’argent pour recouvrer l’irrécouvrable.
Peu après, nous avons été sollicités par
de grands groupes. Et là, notre vision des choses avait complètement
changé. Le premier groupe avec lequel nous avons signé
un contrat c’était Poulina. Pourtant nous n’avons
jamais pensé que ce groupe pourrait avoir besoin de nous dès
lors qu’il est bien outillé en matière de ressources
humaines, en ressources financières, en présence sur tout
le territoire. Et c’est ce qui nous a poussé améliorer
notre organisation et d’être présent partout en Tunisie.
Nous avons commencé avec l’ouverture d’une agence
à Sousse, puis au Kef et à Sfax. L’agence de Tunis
était déjà opérationnelle. En 2005, un grand
changement s’est opéré au sein de la société,
où nous avons été sollicités par l’UBCI
pour la prise en charge de son porte feuille recouvrement composé
par de petites créances de crédits à la consommation.
Depuis, une petite niche s’est dessinée sous forme de créances
en masse dont les caractéristiques principales sont : la continuité
du flux, le volume considérable et l’éparpillement
des impayés à petit montant sur le territoire. C’est
pourquoi nous sommes passés de 14 personnes à la fin de
l’année 2004, à 37 en 2005. Nous avons signé
d’autres contrats par la suite, avec l’UIB, la BIAT, l’ATB
et le dernier en liste c’est Ettijari Bank. De cette manière
nous avons réussi à avoir les créances commerciales,
qui sont les PME, PMI et grands groupes et les créances civiles,
principalement les banques auxquels nous avons ajouté les opérateurs
téléphoniques avec comme premier client Tunisiana. Nous
considérons Tunisie recouvrement en tant que Start-up avec une
évolution annuelle en chiffre, en résultat, en performance,
en ressources humaines, en nombre de clients, en montant de portefeuille,
qui est toujours entre 100 et 150%. Notre tendance actuelle consiste
à nous occuper davantage des grands groupes et des créances
en masse, des créances civiles ou industrialisés. Notre
activité tourne en fait sur différents axes : Soit l’achat
des créances que nous recouvrons pour notre compte, soit le recouvrement
de bout en bout pour le compte d’autrui dans le cadre d’un
contrat d’assistance contre rémunération sous forme
de commission.
3-Comment
se positionne votre entreprise en termes de part de marché en
Tunisie et dans les pays du Maghreb ?
Quand
nous avons fondé Tunisie recouvrement nous avions des objectifs
très clairs. Car nous avons décidé de créer
une société de recouvrement en Tunisie et qui deviendra
la pierre angulaire de tout l’édifice. L’objectif
pour nous, était de nous positionner en tant que spécialiste
du recouvrement des créances en Afrique. En Tunisie l’environnement
étant très propice pour la mise en place d’une telle
activité. Le Maroc a commencé avant nous avec un développement
qui lui est bien spécifique car ce sont les cabinets d’avocats
qui ont eu à évoluer en sociétés de recouvrement.
Toutefois le Maroc n’a pas vu naître des sociétés
de recouvrement industrialisé, en masse ou de créances
civiles à l’instar de la Tunisie. L’Algérie
quant à elle dispose d’un très grand potentiel,
mais elle ne compte aucune expérience de recouvrement de créances.
L’Afrique francophone, dispose aussi d’un grand potentiel.
Nous avons d’ailleurs été sollicités par
des intervenants économiques en Côte d’Ivoire, au
Mali, en Mauritanie...Le Net, nous a beaucoup aidés dans la promotion
de notre activité dans ces pays ou les opérateurs ont
découverts nos performances. En Europe, cette activité
date des années 1879, date de la création de la première
société de recouvrement de créances en Europe.
C’est une expérience très mure qui se positionne
en terme de firme. Notre objectif c’est une expansion de cette
envergure avec une grande ouverture sur l’Afrique. Toutefois,
il faut bien commencer d’abord par une expansion réussie
en Tunisie avec la prise en charge de toutes les activités de
services financiers annexes : gestion compte clients, conseils juridiques,
renseignement commercial, crédits à la consommation, factoring...
outre le recouvrement.
Nous avons commencé à prendre une bonne part de marché
en Tunisie. Sur ce plan il ya beaucoup de choses à nuancer. Quant
Tunisie Recouvrement a été crée dans le cadre de
loi de 1998, 13 filiales de banques ont vu le jour dans le même
cadre. Ces filiales, travaillaient seulement et exclusivement pour le
compte de leur banque dans le cadre d’une opération d’achat.
Elles ne s’intéressent guère au marché. Ce
qui a fait de nous, la première société tunisienne
en matière de recouvrement. Cela a certes des avantages d’être
toujours en avance dans un espace encore vierge, mais aussi beaucoup
d’inconvénients dès lors qu’il faut supporter
constamment toute la charge inhérente notamment à la vulgarisation
et à la diffusion de la culture de l’externalisation du
recouvrement de l’impayé à travers des actions multiples
allant des visites sur terrain jusqu'à la construction du site
Web de la société à travers lequel un grand travail
d’information a été accompli pour promouvoir l’esprit
de l’externalisation du recouvrement et convaincre les plus réticents
d’autant plus qu’il n’y avait aucun modèle
tunisien sur lequel on pouvait copier. Nous nous sommes forgés
une grande expérience qui a fait de nous un leader de fait, mais
un leader qui a réussi. Car nous avons fait tout ce qui peut
être réalisé dans notre contexte. Mais il est vrai
que par rapport à nos objectifs stratégiques, beaucoup
reste à faire. Car le marché est très porteur.
4-Est
ce que vous avez pu sauver une société en difficulté
?
Notre
tache consiste aussi à sauver des sociétés qui
ont beaucoup d’impayés et qui risquent de disparaître
s’ils ne recouvrent pas leurs créances. Nous avons eu plusieurs
occasions de le faire sans le savoir. Comme nous l’avons fait
en connaissance de cause en permettant à plusieurs sociétés
de retrouver une bonne trésorerie qui leur a permis de se redresser.
Pour nous c’est un motif de fierté. Mais nous avons aussi
participé plusieurs fois au soutien des débiteurs en leur
offrant la possibilité de repartir sur des bases solides et de
participer à des retours de fortune.
5-Votre
entreprise fait partie des rares entreprises tunisiennes à disposer
d’une charte. C’est quoi au juste ?
L’idée de la charte n’est pas venue de Tunisie recouvrement.
Elle est inspirée de l’expérience européenne.
Toute société de recouvrement européenne désirant
intégrer l’association internationale des sociétés
de recouvrement des créances, doit impérativement respecter
la charte internationale des sociétés de recouvrement.
Nous avons repris la même charte même s’il n’y
avait pour nous aucune obligation, imbus que nous étions des
valeurs contenues dans cette charte. Nous avons constaté que
cette charte européenne s’efforce de garantir aussi bien
les intérêts des créanciers que ceux des débiteurs.
C’est pour nous un challenge que de placer notre action au niveau
des standards européens, à défaut d’une concurrence
sur place. En d’autres termes, il s’agit d’un objectif
à travers lequel nous voulons consacrer la culture de l’excellence.
Nous considérons que le débiteur n’est pas toujours
animé par un esprit malsain, mais qu’il peut traverser
des moments difficiles qui l’empêchent d’honorer ses
engagements.
Notre tache consiste à le soutenir en cherchant la bonne formule
pour recouvrer les créances de nos clients. Comme le créancier
a des droits sur nous en tant que notre client qui nous charge de son
portefeuille, nous nous devons respecter sa notoriété,
son nom commercial, atteindre le plus rapidement possible les objectifs
qu’il s’est fixé, recouvrer ses créances,
honorer son image... De l’autre coté, il existe un débiteur,
que nous devons respecter sans pour autant exercer sur lui, une quelconque
pression. Le recouvrement est un métier, une industrie humaine
qui a ses règles et sa déontologie. Un métier à
travers lequel nous cherchons à trouver le meilleur compromis
possible pour recouvrer les créances de nos clients. Et notre
meilleur taux de performance a toujours été réalisé
à travers ce genre d’arrangement qui participe au redressement
de la situation financière du débiteur tout en recouvrant
les impayés des créanciers.
Dans notre site, il est indiqué que notre tache consiste à
recouvrer tout type de créance. Il faut comprendre par cela,
le recouvrement civil ou commercial uniquement. Car nous nous refusons
par conviction le recouvrement des créances à caractère
humanitaire. Nous avons été sollicités pour le
recouvrement des créances de certains hôpitaux de la place.
Nous avons refusé de participer à plusieurs appels d’offres
notamment celui de l’hôpital la Rabta à Tunis parce
que nous considérons que c’est une attitude naturelle et
humaine que s’adresser à un hôpital pour se soigner
quand on est malade et sans argent. Par contre, celui qui préfère
s’adresser à une clinique sans argent, s’inscrit
dans un tout autre registre. C’est pourquoi nous acceptons le
recouvrement de ce genre de créances. Nous avons refusé
par ailleurs de recouvrer les créances de microcrédits
de certaines associations de développement. Pour nous il s’agit
aussi de cas sociaux qui s’inscrivent dans le cadre des créances
à caractère humanitaire.
6-
Ceci n’est-il pas en contradiction avec le métier de recouvreur
?
Jusqu’ici, ceci n’a pas constitué un obstacle, mais
bien au contraire un motif de fierté qui nous conforte dans notre
conviction de servir chaque citoyen qu’il soit créancier
ou débiteur. Car la vie peut parfois jouer de mauvais tours au
plus honnête des personnes. En plus aucun créancier et
aucun débiteur n’ont engagé des plaintes contre
Tunisie recouvrement. Au contraire cette attitude n’a fait que
rendre positive l’image de Tunisie recouvrement auprès
de l’ensemble de ses clients.
7-Quels
sont vos objectifs de développement pour les années à
venir, en Tunisie et à l’étranger ?
Continuer d’œuvrer pour réussir ce qui est engagé
en mettant en place un proccess bien ficelé, le système
le plus rentable et le plus performant pour le marché tunisien.
Sauf opportunité, nous nous devons de poursuivre notre effort
pour plus de performance en Tunisie ou il reste beaucoup à faire
en assurant la pérennité de Tunisie recouvrement loin
de tout affairisme. Nous avons élaboré un produit avec
des conditions très avantageuses pour les jeunes promoteurs que
nous allons lancer d’ici peu. Nous avons constaté que 25%
des nouvelles entreprises disparaissent dans les trois premières
années d’existence, à cause de l’impayé.
Avec ce nouveau nous espérons participer à l’effort
national visant l’accélération du rythme de création
d’emploi en permettant aux jeunes promoteurs de profiter de notre
savoir faire et notre expérience notamment dans le domaine de
la gestion du portefeuille des créances et du factoring tout
en leur permettant de dépasser le cap des trois premières
années de fragilité. Surtout que la majorité des
jeunes entrepreneurs ne sont pas formés en matière de
recouvrement préventif, vente et recouvrement curatif. Nous détenons
une base d’information qui comporte plus de vingt mille débiteurs,
soit 20 mille personnes ou société à qui il est
recommandé de ne pas vendre. Nous détenons les moyens
et le savoir faire en matière de recouvrement sur l’ensemble
du territoire national. Nous offrons cela sous forme de package avec
une rémunération très avantageuse par rapport aux
grands groupes. Nous faisons cela parce que nous sommes convaincus du
fait que si ces entreprises parviennent à s’imposer ils
constitueront les grands groupes de demain.
8-
Les chefs d’entreprises tunisiens sont ils d’après
vous convaincus des atouts qu’offre l’externalisation du
recouvrement des créances ?
Nous avons eu dès le démarrage de notre entreprise la
lourde tache de convaincre les opérateurs économiques
de la nécessité impérieuse de l’externalisation.
Mais aujourd’hui, je constate que beaucoup de changements se sont
produits depuis. Si je prends l’exemple des grands groupes, je
dirais que plus de 60% des grands groupes tunisiens sont des clients
de Tunisie recouvrement. Si je parle banque, je dirais que les premières
cinq banques privées en Tunisie sont les clientes de TR. Si je
parle des opérateurs téléphoniques, je dirais que
Tunisiana est une cliente de TR. Si je parle des PMI et PME le compte
serait sans doute difficile à faire parce que le nombre est considérable.
A considérer ces résultats je dirais que depuis l’année
2004 il y’ a eu un grand changement dès lors que la culture
de l’externalisation des services est aujourd’hui bel et
bien une culture bien assimilée par les entrepreneurs tunisien.
En plus de Tunisie recouvrement, il existe d’autres sociétés
qui opèrent dans d’autres activités externalisées
à l’instar de l’informatique, de l’information,
des ressources humaines etc. Aujourd’hui, nous avons moins de
difficultés à convaincre les chefs d’entreprises
de l’importance de l’externalisation des services du recouvrement,
car ils l’ont déjà fait pour d’autres services.
Cette activité avance rapidement et dans la meilleure direction.
Cependant, nous avons remarqué, que les chefs d’entreprises
qui ne se sentent pas en sécurité refusent l’externalisation.
Ils refusent l’externalisation quand ils ont le sentiment de perdre
le contrôle de leur portefeuille ou alors, quand ils n’ont
pas confiance dans la qualité du service rendu. A cet égard
il faut bien les comprendre en leur offrant les assurances et les garanties
nécessaires. Tunisie recouvrement a trouvé la bonne solution
en présentant un rapport mensuel à nos client avec notamment
un bilan des encaissements, en mettant à leur disposition un
chargé clients les informant des détails de l’avancement
des dossiers qu’ils nos ont confiés. Nous sommes allés
jusqu'à proposer aux plus grands groupes de domicilier un membre
de leur personnel chargé du portefeuille auprès de nos
services pour le suivi sur notre système informatique, dans un
souci de transparence et de rassurance.
9-
Quel a été votre parcours professionnel ?
Je suis littéraire de vocation puisque j’ai fais bac lettres.
J’ai fais par la suite des études en droit à Tunis.
Pendant mes années universitaires j’ai travaillé
comme instituteur dans des régions récolées de
la Tunisie. J’ai laissé tomber ce parcours pour reprendre
et terminer mes études qui se sont soldées par une maîtrise
en droits et un troisième cycle en sciences politiques. J’étais
tenté par l’étape doctorale, mais une offre alléchante
m’en a détourné. Après un parcours parallèle
à mes études, dans le domaine du recouvrement, j’ai
été recruté par Tunisie leasing dans ses services
de recouvrement avant d’occuper par la suite le poste de responsable
du recouvrement contentieux. La loi 98/4, a chargé le cours de
mon histoire personnelle, puisque elle a été à
l’origine de la création de Tunisie recouvrement. Après,
j’ai tout appris sur le tas, avec les économistes, les
informaticiens, les juristes Qui travaillent avec nous... Le droit c’est
ma vocation et c’est mon métier, mais le reste c’est
ici que je l’ai appris. Je suis convaincu que le chef d’entreprise
doit être à la fois juriste mais aussi économiste
pour pérenniser l’entreprise. Il doit être aussi
financier parce qu’il doit bien engager de l’argent, et
supporter des charges qui puissent créer des bénéfices.
10- Avez-vous rencontré des difficultés
lors du lancement de votre entreprise ou au cours de son développement
?
Absolument, la grande difficulté était
de trouver l’argent pour créer la société.
Vous pouvez dire tout ce que vous voulez sur l’encouragement à
la création d’entreprise. Les décideurs peuvent
exprimer toutes les bonnes volontés dans ce domaine. Je ne peux
que souscrire à la tendance. Mais toutes ces bonnes volontés
restent insuffisantes tant que l’argent n’y est pas. Malgré
tous les encouragements, un jeune promoteur aura du mal comme moi à
trouver le financement nécessaire à la création
de son entreprise. Car les banques qui constituent les premiers pourvoyeurs
de fonds ne contractent ce genre de crédit qu’avec des
garanties réelles. Or c’est ce qui fait défaut chez
un jeune promoteur. La SICAR, non plus. Car à 99% elles fonctionnent
selon les mêmes règles que les banques. J’au eu le
même désagrément pour augmenter le capital de la
société, car il m’a fallu aussi passer par les banques
malheureusement avec le même résultat. Si nous parviendront
à trouver une solution à cette question handicapante en
démystifiant l’idée des projets à forte valeur
ajoutée tant défendue par nos banques, nous serions en
mesure de développer mille fois plus nos entreprises. A la création
j’ai eu recours au cofondateur qui a eu l’amabilité
de ramener des garanties réelles de son père. A l’augmentation
du capital, j’ai présenté des garanties réelles
d’un ami. C’est à dire que ces difficultés
restent entières.
11-Pourriez-vous nous raconter un moment
fort qui a marqué votre parcours professionnel ?
Tous les moments sont forts. Quand nous réalisons des exploits
ce sont des moments forts. Quand nous échouons, ce sont aussi
des moments forts. Mais en tant que jeune entrepreneur, le sentiment
de voir le projet se développer, de constater que l’enthousiasme
d’une équipe jeune qui travaille dans la convivialité
et la passion, de réaliser des meilleurs résultats pour
nos clients créanciers, de trouver les meilleures solutions pour
nos clients débiteurs, de travailler sans se fatiguer jusqu’a
une heure tardive de la journée, constituent autant de motifs
de fierté et autant de joie et de bonheur.
Autre moment fort, nous avons été sollicités deux
fois par deux grandes firmes internationales européennes, pour
prendre part à notre actionnariat. Cela s’est passé
à Paris dans le cadre d’un workshop d’une très
grande firme européenne dans le domaine du financement. Quand
ils ont présenté les chiffres de leurs activités
en France et à travers le monde, j’étais personnellement
sidéré tellement c’était important. Le volume
était en effet celui d’un trust. Quand j’ai du présenter
les activités de Tunisie recouvrement de l’année
2005 j’avais envie de dire que nous sommes une toute petite entreprise
et que nous cherchons à apprendre des expériences des
autres. J’ai passé en revue nos activités et nos
objectifs prospectifs... Mais grande fut ma surprise quand l’un
des trois décideurs de cette firme s’exclama en me disant
: d’accord à combien vous vendez ! Ma réponse fut
: je suis venu pas pour vendre mais pour apprendre. Il répliqua
en disant, les idées que vous avez développé dans
votre intervention sont motivantes. Et d’ajouter, une firme comme
la notre, n’a même pas 30% de vos idées et conception
des choses. Ce fut vraiment un grand moment fort et inoubliable pour
deux cofondateurs qui novices dans ce domaine face à un leader
européen qui enregistre 15000 encaissement par jour.
12-Pour
finir, quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur tunisien?
Dans tous les domaines le niveau de nos jeunes est remarquable. Faut-il
encore qu’ils aient confiance en eux même. Ils ne doivent
pas avoir peur de se lancer pour leur propre compte. Ne dit-on pas que
celui qui ne risque rien n’a rien ? Parmi mon personnel beaucoup
peuvent un jour devenir des chefs d’entreprises. Certes, Ils auront
des difficultés pour le financement de leur projet. A trouver
ceux qui les comprennent et partagent avec eux leur ambition. Mais s’ils
persévèrent, ils gagneront plus s’ils restent comme
employés chez un tiers. Nous avons eu la chance en Tunisie d’avoir
commencé très tôt la diffusion de la culture entrepreneuriale
qui se consolide actuellement. Pour en tirer profit et réussir,
il est impératif de concevoir des projets dont les objectifs
dépassent nos frontières pour s’inscrire au niveau
africain et méditerranéen. C’est la seule voix du
succès. Nous avons toutes les qualifications requises pour relever
ce challenge.
Interview réalisée
par Chedly Hamrouni